mardi 13 décembre 2011

Poutishake ? Comprend qui peut

Et bien finalement ça bouge en Russie ! 
Je ne vous fais qu’un bref résumé, sous prétexte d’éviter ainsi la censure (et puis surtout parce que c’est bien mieux expliqué sur le site du Monde !) : le parti au pouvoir a fraudé les élections, ce qui, pour une fois, a soulevé un vent de contestation en Russie ! Des milliers de personnes ont manifesté sous l’œil et les muscles d’au moins presque autant de forces de police dans les principales villes. Il n’empêche que, malgré le nombre ridicule de manifestants comparé à une manifestation en Europe, c’est historique tant d’agitation en Russie ! Ce n’était plus arrivé depuis la fin de l’URSS. Et oui, tout de même ! Parmi les manifestants, jeunes et moins jeunes, fatigués des « mensonges » du pouvoir en place et de la stagnation économique. Finie l’image de Poutine saint sauveur…

Cela dit, juste pour un petit précis, notamment en réponse à l’article « après Kadhafi, Poutine ? » il ne faut pas se leurrer : les manifestations sont limitées et encore beaucoup de jeunes pensent que rien ne va changer. N’oublions pas non plus dans notre engouement à voir partout notre si belle démocratie occidentale triompher des forces obscures que le deuxième parti du pays est le parti communiste et qu’un des bloggeurs principaux (après moi j’entends bien-sûr) qui appelle aux manifestations est très nationaliste. Cela dit, pas la peine de trop préciser le mouvement, si tant est qu’on puisse parler de mouvement, dans la mesure où il est fort peu organisé, hétérogène, et qu’il ne saurait se constituer en force politique ou en parti par exemple. C’est plus un rassemblement de gens pas contents quoi, aux solutions très variables.
Enfin, pour le symbole, ils portent un ruban blanc (oui, un peu comme celui du Sidaction, mais blanc)

Voilà, j’ai fait un précis politique, comme tout Science Piste se sent obligé de le faire quand ça bouge dans son pays de 3A, sous prétexte que son école s’appelle Sciences POLITIQUES, et même s’il sait que ce n’est pas suffisant, il se dit que s’il avait fait une dissert’ problématisée-articulée en 15 pages personne n’aurait lu son super nouvel article jusqu’au bout.

Et puis, si la 3A en Russie servait à faire des disserts, ça se saurait.

Car oui aujourd’hui mes amis attention, j’ai obtenu 12 crédits ECTS (les crédits universitaires qui permettent de valider les matières) sans rien faire, ou si peu. C’est aussi ça la Russie : deux profs absentes plus de la moitié du semestre voulaient annuler leur matière, mais comme ça aurait remis en jeu la fac dans ses partenariats elles n’ont pas pu, alors elles ont décidé de donner les crédits à tout le monde, ne pouvant pas faire d’examen (puisqu’il n’y avait pas matière à)
(NB : j’avais quand même fait un research paper pour l’un des deux cours.)

« Crédits, qui veut des crédits ? Oui, combien ? Avec une lettre en plus ? Pas de soucis ! » En somme le rêve de tout ménage européen en ces temps frileux.

D’ailleurs, le froid est arrivé ! Enfin, modérément, mais la neige tombe désormais presque tous les jours et les quartiers reculés (comme notre monastère universitaire par exemple) sont désormais couverts de blanc. Inutile de m’attarder sur l’explosion de joie enfantine, le sourire béat, la minute de contemplation des flocons qui tombent… (Brel le fait déjà si bien dans Il neige sur Liège. Mais ne parlons pas de Liège, assez de news reporting pour ce soir !) qui laissent vite place au grognement tout parisien du pauvre passant qui ne saurait ouvrir ses petits yeux fouettés par cette puta*** de neige !

Voilà, j’arrête ici mes jeux de mots et transitions douteux, en vous mettant en image mon itinéraire de Janvier, 3000km dans la pampa Soviète ! (si je survis aux dix jours de révisions qui m’attendent)


Et, pour répondre à Bon Papa, « bonne année » se dit
С Новым Годом ! (« S novim godom ! »)

Rien ne va plus, faites vos jeux ! (périodes électorales)

Bonjour tout le monde,

En cette période électorale (élections locales et législatives ce dimanche), un petit mail. Le parti de Poutine et Medvedev, Russie Unie, est partout. Le jour férié de l’unité, 4 novembre, qui est une de ses « créations », des étudiants ont défilé dans plusieurs endroits de la ville en soutien au parti. En fait, lesdits étudiants avaient les cheveux très courts et étaient incapables de dire dans quelles universités ils étaient étudiants… Ce qui a fait dire au St Petersburg Times qu’ils n’étaient autres que des militaires… Nan, vraiment ? Et oui, la société civile russe est toujours endormie. En témoigne cette pub de Russie Unie : « tout vous est déjà égale, vous ne verrez pas la différence ». Sinon, les réclames pour Russie Unie sont partout : immenses affichages sur les échafaudages des bâtiments en rénovation, dans le métro, dans les gares… Partout. Il y a d’autres partis, bien-sûr, mais ils sont presque invisibles. Selon un de mes profs, le problème est que les partis d’opposition ne proposent pas de véritable alternative… Mais, entendons-nous bien, ce n’est pas le seul problème de la « démocrature » russe (pour reprendre le néologisme d’Olivier Duhamel, mon ancien prof à Sciences Po).
Quoiqu’il en soit, en préparation des élections présidentielles au printemps prochain, Poutine s’est fait investir candidat de son parti dans un stade à main levée. Du plébiscite dix-neuvièmiste comme on l’aime, en somme. 
  

Sinon mon voyage à Moscou s’est très bien passé. Moscou n’a vraiment rien à voir avec Saint-Pétersbourg. C’est une espèce d’étendue urbaine chaotique, de laquelle émergent des bulbes dorés, des blocs de bétons soviétiques, des églises vielles de plusieurs siècles, aux tailles et styles très variés, une statue géante de Pierre le Grand. Rien à voir donc avec la très rectiligne Saint-Pétersbourg, tout droit sortie d’un cerveau d’architecte, Moscou reflète plus les évolutions de la Russie, où aujourd’hui la voiture est reine. Au programme le Kremlin (où je n’ai malheureusement pas rencontré Paola, pour répondre à Bon Papa !), le mausolée de Lénine (extrêmement bizarre de se retrouver face à ce corps), musée Pouchkine et galerie Tetrakov. Très intéressants, et une manière de découvrir myriade d’artistes russes dont jamais je n’avais entendu le nom. Et enfin le musée de l’histoire contemporaine russe, où un étage est consacré à Poutine (et Medvedev), rien que ça. Le voyage en train (surchauffé) était quelque peu pittoresque et arrosé, un bon moyen de rencontrer des jeunes russes. Et à l’auberge, ambiance internationale au rendez-vous, où j’ai rencontré un catalan qui était impressionné par mon niveau –tu m’étonnes, parler catalan avec un roux à Moscou, il ne devait sûrement pas s’y attendre. Enfin, il faisait plus froid qu’à Saint-Pétersbourg et je suis revenu avec un méchant rhume.

Ce qui m’a fait faire ma première visite à la pharmacie, qui n’a rien d’exceptionnel sinon cette petite anecdote : vous voulez du paracétamol russe ou étranger ? Notre chimiste en chef me dira si je me trompe mais selon moi, le principe d’une molécule, c’est que c’est la même ici, à Bruxelles, Paris et Mahon… Nan ?

Après Moscou nous sommes allés à Pskov, près de la frontière estonienne, faire un petit week-end à la campagne. Le train pour nous y emmener était un peu l’équivalent du TER Français, m’avait-on dit. Et bien, imaginez, j’en ai regretté mon infatigable mais capricieux RER B (et c’est dire). Banquettes en plastique, surchauffé (ce qui va de pair avec les odeurs), on devait y passer 5 heures. Après deux heures et demie, on nous annonce un changement avec 3 heures d’attente à Louga, ville perdue, où seules trônaient à la gare de gigantesques affiches de Russie Unie. On a donc fini le trajet en bus. Week-end très agréable dans cette Russie profonde, à la fois détruite et éternelle : il y a là un vieux kremlin et un vieux monastère. On est tombé en pleine messe, jamais vu ferveur pareille. Les chants mystiques auraient ramené vers la foi même les plus sceptiques (bon ok, j’exagère un peu mais le vent de ferveur était vraiment transcendant)

Niveau temps, les journées continuent de se raccourcir, mais c’est le mois de novembre le plus chaud de l’histoire de la statistique météo de Saint-Pétersbourg (environ 130 ans selon les sources !), presque décevant ! Le mois de décembre s’annonce assez chargé en boulot (oui, ça y est, ça arrive.. !) mais sera normalement récompensé en Janvier par un voyage (sûrement de St-Pet à Astrakhan, pour ceux à qui ça parle), l’Ouzbékistan ayant été repoussé à cause du visa.


Sinon j’ai encore eu des problèmes avec internet car il faut payer en cash chaque mois à une borne, et ceux qui connaissent mes difficultés d’organisation dans le temps n’auront aucun mal à imaginer que je m’aperçois que je dois payer seulement une fois que le réseau ne marche plus…

Voilà pour ces dernières nouvelles, on verra dimanche soir quelle est l’issue des scrutins, mais aucune surprise n’est attendue à la Douma (le parlement) !

Premières nouvelles

Court-circuitant l’organe centralisateur d’informations officiel (Maman), je me lance dans un mail pour vous donner des nouvelles !


Alors, par où commencer ? Je suis désormais bien installé, dans un grand appartement dans le centre de St-Pet. Avant cela je suis resté un mois et demi à l’общежитие (Bon Papa voulait que je lui apprenne des mots russes : à prononcer « abchigitié », c’est la résidence universitaire). Des grands appartements de 7 personnes, où je partageais ma chambre (et pour ainsi dire presque mon lit tant l’ergonomie de la pièce était mal pensée) avec deux autres étudiants, suisse et polonais. Il y avait un tchèque, un slovaque et deux français dans mon appartement. L’ambiance était plutôt sympa, avec ces milliers d’étudiants réunis. Mais sinon, pas facile. Très loin du métro, du centre, encore plus de la fac, l’eau chaude parfois tout simplement absente et partager sa chambre... Hum, pas toujours facile non plus. Mais bon, très pratique et sympa au début pour rencontrer beaucoup de monde ! (et face à la mer !) L’общежитие était située dans des espèces d’énormes barres toutes staliniennes, au style intérieur pour le moins kitsch (pour ceux à qui ça parle encore, le baulois était plutôt design à côté). Maintenant mon appartement est un tout petit moins (mais vraiment qu’un tout petit peu moins) kitsch, mais j’y vis seul et dans un grand espace. Je m’y sens déjà bien chez moi !

Malgré sa proximité géographique, la Russie est un pays vraiment différent, dépaysant et pas facile à vivre. Entre les démarches administratives inimaginables (et dire que je maudissais déjà l’administration française et les bureaux de Poste... Haha), le temps (cet automne est très doux (entre 3 et 6°), mais il faut attendre 10h pour voir le soleil se lever, enfin, s’il veut bien se lever... Sinon la nuit noire laisse place à un sous plafond d’épais nuages gris) et autres petites frustrations dues au langage (non, le russe ne vient pas tout seul... Очень трудно, à prononcer « otchien troudna » pour Bon Papa veut dire très difficile !). Je sens que j’ai progressé, mais pas encore assez et je pense que je vais fournir un nouvel effort personnel pour vraiment pouvoir progresser comme je le veux. D’autant plus qu’ici il faut avoir un Ph D pour pouvoir s’exprimer à peu près convenablement en anglais (j’exagère à peine). Mais sinon les Russes peuvent être vraiment très sympas, surtout quand on les rencontre « chez eux » (même dans des bars sans étrangers ou stricto-sensu chez eux) : j’ai un ami russe ici vraiment adorable, et les jeunes aiment rencontrer des gens de l’étranger (car oui, ici un étranger reste encore plutôt étrange) surtout quand vous dites « Я из Парижа » (Ya iz Parija, je suis de Paris) alors là… Vous verrez souvent des étoiles passer dans les yeux de votre interlocuteur. Ici la France, spécialement Paris, reste le luxe, la beauté, le style : toutes les chaînes de cosmétiques, parfumeries et autres s’appellent par des noms français (qui, écrits en cyrillique, sont délicieusement pittoresques) alors que les Russes ne savent généralement pas s’habiller… (Assez vulgaires, surtout pour les filles)

 

La fac maintenant : bâtiments magnifiques (monastère impérial bleu pastel) mais, à la russe : parfois le chauffage ne marche pas, « la bibliothèque » (peut-on seulement appeler ça une bibliothèque ?) est très décevante (SURTOUT comparée à celle de Sciences Po qui est exceptionnelle) et les cours varient beaucoup en qualité selon le prof. L’accent russe en anglais est charmant ! Mais bon, avec trois jours de cours par semaine (ce qui me fait techniquement une semaine plus courte que le week-end) on ne va pas (trop) se plaindre.

 

Voilà je pense avoir fait le tour des grandes lignes (quelle image… !). Cette semaine, qui sera en fait déjà mon week-end (mercredi soir) je pars à Moscou avec ce qu’il convient d’appeler ma Dream Team (cette fois-ci je ne traduis pas, c’est de l’anglais !). Celle-ci se compose d’une sud-coréenne, d’une allemande, deux français et de trois néerlandais (dont une est en fait franco-néerlandaise). Lowest class, 9h de train de nuit sans couchette, grosse ambiance en prévision.

Sinon niveau voyage j’ai beaucoup de projets :

Les réalisables : Moscou, Tallin et Riga (moins de 10h de bus et très peu cher, genre 25€ A/R), Helsinki (du pareil au même)

Les rêves : Le Transsibérien jusqu’à Pékin (soit Transsibérien, -mongolien, -mandchourien). Et pourquoi pas ensuite rejoindre l’Oncle (d’)O comme il m’en a susurré l’idée cet été ?

Les problématiques : deux semaines en Ouzbékistan (la perle de l’Asie Centrale) en janvier (pas cours). Tout est organisé mais il ne nous manque « que » les visas pour pouvoir acheter les billets… Triste histoire !

 

Cette fois-ci je crois que c’est bon. Comme vous pouvez le constater j’ai enfin internet (comme ça a été long et compliqué mais au moins ça m’a fait dévorer pas mal de bouquins !) et j’ai pas mal oublié mon français (comme j’ai déjà dû me relire pour les fautes !)

 

Ah non, dernière anecdote amusante : l’île de Kronstadt (Кронштадт). Elle s’est rebellée contre les bolcheviks dans les années 1920 (rébellion naturellement écrasée) mais a aujourd’hui l’air, ironie du sort, d’un des derniers bastions communistes au monde ! Statues de Lénine à tous les coins de rue, vieille usine, vieux hangars désaffectés… On ne se croit vraiment plus à St-Pet, ce qui est très agréable le temps d’un dimanche après-midi et le port militaire éclairé par un soleil rasant est d’une beauté incontestable (si si, c’est possible !)

 

Cette fois c’est bon !