Court-circuitant l’organe centralisateur d’informations officiel (Maman), je me lance dans un mail pour vous donner des nouvelles !

Alors, par où commencer ? Je suis désormais bien installé, dans un grand appartement dans le centre de St-Pet. Avant cela je suis resté un mois et demi à l’общежитие (Bon Papa voulait que je lui apprenne des mots russes : à prononcer « abchigitié », c’est la résidence universitaire). Des grands appartements de 7 personnes, où je partageais ma chambre (et pour ainsi dire presque mon lit tant l’ergonomie de la pièce était mal pensée) avec deux autres étudiants, suisse et polonais. Il y avait un tchèque, un slovaque et deux français dans mon appartement. L’ambiance était plutôt sympa, avec ces milliers d’étudiants réunis. Mais sinon, pas facile. Très loin du métro, du centre, encore plus de la fac, l’eau chaude parfois tout simplement absente et partager sa chambre... Hum, pas toujours facile non plus. Mais bon, très pratique et sympa au début pour rencontrer beaucoup de monde ! (et face à la mer !) L’общежитие était située dans des espèces d’énormes barres toutes staliniennes, au style intérieur pour le moins kitsch (pour ceux à qui ça parle encore, le baulois était plutôt design à côté). Maintenant mon appartement est un tout petit moins (mais vraiment qu’un tout petit peu moins) kitsch, mais j’y vis seul et dans un grand espace. Je m’y sens déjà bien chez moi !
Malgré sa proximité géographique, la Russie est un pays vraiment différent, dépaysant et pas facile à vivre. Entre les démarches administratives inimaginables (et dire que je maudissais déjà l’administration française et les bureaux de Poste... Haha), le temps (cet automne est très doux (entre 3 et 6°), mais il faut attendre 10h pour voir le soleil se lever, enfin, s’il veut bien se lever... Sinon la nuit noire laisse place à un sous plafond d’épais nuages gris) et autres petites frustrations dues au langage (non, le russe ne vient pas tout seul... Очень трудно, à prononcer « otchien troudna » pour Bon Papa veut dire très difficile !). Je sens que j’ai progressé, mais pas encore assez et je pense que je vais fournir un nouvel effort personnel pour vraiment pouvoir progresser comme je le veux. D’autant plus qu’ici il faut avoir un Ph D pour pouvoir s’exprimer à peu près convenablement en anglais (j’exagère à peine). Mais sinon les Russes peuvent être vraiment très sympas, surtout quand on les rencontre « chez eux » (même dans des bars sans étrangers ou stricto-sensu chez eux) : j’ai un ami russe ici vraiment adorable, et les jeunes aiment rencontrer des gens de l’étranger (car oui, ici un étranger reste encore plutôt étrange) surtout quand vous dites « Я из Парижа » (Ya iz Parija, je suis de Paris) alors là… Vous verrez souvent des étoiles passer dans les yeux de votre interlocuteur. Ici la France, spécialement Paris, reste le luxe, la beauté, le style : toutes les chaînes de cosmétiques, parfumeries et autres s’appellent par des noms français (qui, écrits en cyrillique, sont délicieusement pittoresques) alors que les Russes ne savent généralement pas s’habiller… (Assez vulgaires, surtout pour les filles)
La fac maintenant : bâtiments magnifiques (monastère impérial bleu pastel) mais, à la russe : parfois le chauffage ne marche pas, « la bibliothèque » (peut-on seulement appeler ça une bibliothèque ?) est très décevante (SURTOUT comparée à celle de Sciences Po qui est exceptionnelle) et les cours varient beaucoup en qualité selon le prof. L’accent russe en anglais est charmant ! Mais bon, avec trois jours de cours par semaine (ce qui me fait techniquement une semaine plus courte que le week-end) on ne va pas (trop) se plaindre.
Voilà je pense avoir fait le tour des grandes lignes (quelle image… !). Cette semaine, qui sera en fait déjà mon week-end (mercredi soir) je pars à Moscou avec ce qu’il convient d’appeler ma Dream Team (cette fois-ci je ne traduis pas, c’est de l’anglais !). Celle-ci se compose d’une sud-coréenne, d’une allemande, deux français et de trois néerlandais (dont une est en fait franco-néerlandaise). Lowest class, 9h de train de nuit sans couchette, grosse ambiance en prévision.
Sinon niveau voyage j’ai beaucoup de projets :
Les réalisables : Moscou, Tallin et Riga (moins de 10h de bus et très peu cher, genre 25€ A/R), Helsinki (du pareil au même)
Les rêves : Le Transsibérien jusqu’à Pékin (soit Transsibérien, -mongolien, -mandchourien). Et pourquoi pas ensuite rejoindre l’Oncle (d’)O comme il m’en a susurré l’idée cet été ?
Les problématiques : deux semaines en Ouzbékistan (la perle de l’Asie Centrale) en janvier (pas cours). Tout est organisé mais il ne nous manque « que » les visas pour pouvoir acheter les billets… Triste histoire !
Cette fois-ci je crois que c’est bon. Comme vous pouvez le constater j’ai enfin internet (comme ça a été long et compliqué mais au moins ça m’a fait dévorer pas mal de bouquins !) et j’ai pas mal oublié mon français (comme j’ai déjà dû me relire pour les fautes !)
Ah non, dernière anecdote amusante : l’île de Kronstadt (Кронштадт). Elle s’est rebellée contre les bolcheviks dans les années 1920 (rébellion naturellement écrasée) mais a aujourd’hui l’air, ironie du sort, d’un des derniers bastions communistes au monde ! Statues de Lénine à tous les coins de rue, vieille usine, vieux hangars désaffectés… On ne se croit vraiment plus à St-Pet, ce qui est très agréable le temps d’un dimanche après-midi et le port militaire éclairé par un soleil rasant est d’une beauté incontestable (si si, c’est possible !)
Cette fois c’est bon !